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Cyber Resilience Act : signaler une vulnérabilité exploitée en 24 heures

Depuis le 11 septembre 2026, le fabricant d'un produit comportant des éléments numériques vendu dans l'UE doit signaler toute vulnérabilité activement exploitée dans son produit : alerte précoce sous 24 heures, notification sous 72 heures, rapport final sous 14 jours après le correctif. L'obligation vaut aussi pour les produits déjà sur le marché. Le vrai défi n'est pas le formulaire, c'est de savoir à temps.

Publié le 27 octobre 2026 · 5 min · par Antoine Despres, Consigne

Le calendrier du CRA en deux dates

Le règlement (UE) 2024/2847, dit Cyber Resilience Act, s'applique en deux temps :

DateCe qui devient obligatoire
11 septembre 2026Signalement des vulnérabilités activement exploitées et des incidents graves (article 14), y compris pour les produits mis sur le marché avant cette date
11 décembre 2027Exigences essentielles de cybersécurité, dossier technique, évaluation de la conformité, déclaration UE de conformité et marquage CE

Les sanctions prévues pour le non-respect des exigences essentielles et des obligations des fabricants peuvent atteindre 15 millions d'euros ou 2,5 % du chiffre d'affaires mondial.

Qui est concerné

Le règlement vise les produits comportant des éléments numériques mis à disposition sur le marché de l'Union : logiciels vendus, micrologiciels, objets connectés, équipements industriels avec une partie logicielle, composants logiciels distribués séparément. Les services purement en ligne relèvent en principe d'autres textes, notamment NIS 2.

C'est le fabricant qui porte l'obligation de signalement, quelle que soit sa taille. Une PME qui vend un automate, une passerelle, un logiciel de supervision installé chez ses clients ou un boîtier connecté est concernée.

Les trois délais de l'article 14

ÉtapeVulnérabilité activement exploitéeIncident grave
Alerte précoce24 h après la prise de connaissance24 h
Notification72 h72 h
Rapport final14 jours après la mise à disposition d'une mesure corrective ou d'atténuation1 mois après la notification

Le signalement se fait à la fois au CSIRT coordonnateur et à l'ENISA, par la plateforme unique de signalement. En France, l'ANSSI est le CSIRT national. Le fabricant doit aussi informer les utilisateurs concernés de la vulnérabilité et des mesures à prendre.

Quand le délai de 24 heures commence-t-il ?

Le délai court à partir du moment où le fabricant a connaissance de la vulnérabilité activement exploitée, c'est-à-dire quand il a acquis un degré raisonnable de certitude après une première évaluation. Trois conséquences pratiques :

  1. Notez l'heure honnêtement. C'est elle qui fait courir tous les délais. Une organisation qui « découvre » systématiquement les failles le lundi matin s'expose à des questions.
  2. Un vendredi soir compte. Les 24 heures ne s'arrêtent pas le week-end. Il faut une personne habilitée à signaler, et une suppléante.
  3. L'alerte précoce peut être incomplète. Son but est de prévenir vite ; la notification à 72 heures et le rapport final complètent.

Le vrai problème : savoir à temps

Pour une équipe de cinq à cinquante personnes, la difficulté n'est pas de remplir le formulaire. C'est de savoir, le jour même, qu'une bibliothèque embarquée dans une version livrée il y a dix-huit mois vient d'entrer dans la liste des vulnérabilités exploitées. Cela suppose trois choses.

1. Une SBOM par version livrée

La nomenclature logicielle (SBOM) liste chaque composant et sa version. Elle se génère à partir des fichiers de verrouillage (package-lock.json, packages.lock.json, poetry.lock, Cargo.lock, go.sum…) et, pour un micrologiciel, à partir de l'outil de construction (Yocto, Buildroot, Syft). Les formats de référence sont CycloneDX et SPDX.

Le point qui piège : il faut la SBOM de chaque version encore utilisée chez les clients, pas seulement de la branche principale. Une faille corrigée depuis longtemps dans le code actuel peut être exploitée sur la version installée.

2. Un croisement quotidien avec les failles exploitées

Une base comme OSV donne les vulnérabilités connues par composant et par version. Le catalogue KEV de la CISA liste celles qui sont activement exploitées, ce qui correspond exactement à la notion du CRA. Croiser chaque jour les SBOM des versions livrées avec ces deux sources suffit à déclencher l'alerte au bon moment.

3. Un triage documenté

Toutes les vulnérabilités d'un composant ne touchent pas le produit : fonction non utilisée, composant présent seulement à la compilation, configuration qui l'empêche. Il faut l'écrire, avec une justification. Les formats VEX (CycloneDX VEX, OpenVEX) servent à ça, et c'est exactement ce qu'un auditeur demandera en 2027.

Une organisation minimale qui tient

QuoiQuiQuand
SBOM générée et archivéela chaîne de buildà chaque version publiée
Croisement OSV et KEVun script ou un outil planifiéchaque jour
Triage d'un nouveau constatle responsable technique du produitsous 4 heures ouvrées
Alerte précoce sur la plateforme ENISApersonne habilitée, et sa suppléantesous 24 heures
Information des utilisateursresponsable produitdès que la mesure d'atténuation est connue
Rapport finalresponsable technique14 jours après le correctif

Écrivez cette procédure sur une page, désignez les personnes, et faites un exercice à blanc : prenez une vulnérabilité réelle du catalogue KEV, faites comme si elle touchait votre produit, et chronométrez.

Ce qui arrive le 11 décembre 2027

À partir de cette date, chaque produit devra satisfaire les exigences essentielles de l'annexe I (sécurité dès la conception, mises à jour de sécurité pendant la période de support, gestion des vulnérabilités), disposer d'un dossier technique (annexe VII) et d'une déclaration UE de conformité. Les SBOM et le registre de triage tenus dès maintenant en sont la base : un fabricant qui s'organise pour l'article 14 a fait une bonne partie du travail.

Outiller sans envoyer son code

Suivi CRA fait ces trois étapes sur votre poste : SBOM CycloneDX depuis dix formats de verrouillage (et fusion avec la SBOM du micrologiciel), croisement OSV et KEV, registre de triage, calcul des échéances 24 h et 72 h et brouillons de signalement, dossier annexe VII. Votre code ne sort pas. Une édition libre (MIT) permet de commencer sans rien payer. L'outil ne rend pas un produit conforme et n'envoie rien à l'ENISA : il produit et tient à jour les preuves.

Sources

Autres guides